La mortalité prématurée évitable dans le Nord - Pas-de-Calais


 En bref
Qu'elle concerne les facteurs de risques individuels ou le système de soins, la mortalité prématurée évitable régionale est significativement supérieure au niveau national chez les hommes comme chez les femmes. Les territoires recouvrant l'ancien Bassin minier (arrondissements de Valenciennes, Béthune et Lens, Communautés d'Agglomération de Lens-Liévin, d'Hénin-Carvin, de l'Artois et de la Porte du Hainaut) accusent par rapport à la France une surmortalité prématurée évitable liée aux risques individuels particulièrement marquée chez les hommes mais aussi chez les femmes (pour les arrondissements de Valenciennes et de Lens ainsi que pour les C. A. d'Hénin-Carvin et de Lens-Liévin). Dans certains de ces territoires, cette surmortalité prématurée dépasse significativement la surmortalité régionale.
En ce qui concerne la mortalité prématurée évitable grâce à des actions sur le système de soins, les territoires de l'ancien Bassin minier (arrondissement de Lens, arrondissement et C. A. de Valenciennes) affichent par rapport à la France les surmortalités masculines les plus élevées ; dépassant significativement le niveau régional.
Quel que soit le domaine d'action (individuelle, système de soins), le territoire de Lille (arrondissement et C. U.) affiche une surmortalité masculine évitable significativement inférieure au niveau régional.


Mortalité prématurée (0-64 ans) évitable
Années 1999, 2000, 2001
Mortalité prématurée évitable
par une action sur les facteurs de risque individuels (1)
Mortalité prématurée évitable
par des actions sur le système de soins (2)
Zone
Nom de la zone géographique
Nombre de décès observés cumulés
ICM
Nombre de décès observés cumulés
ICM
H
F
H
F
H
F
H
F
FRANCE
France métropolitaine
-
-
100
100
-
-
100
100
REGION
Nord - Pas-de-Calais
8 045
2 129
142,1
*
139
*
2 329
2 223
137,3
*
137,9
*
DEPARTEMENT
Nord
4 863
1 315
134,8
*
134,4
*
1 441
1 461
134
*
143
*
Pas-de-Calais
3 182
814
154,8
*
147,1
*
888
762
143
*
129
*
ARRONDISSEMENT
Avesnes-sur-Helpe
478
145
135,9
*
156,7
*
148
137
137,4
*
138,1
*
Cambrai
354
72
153
*
116,2
ns
113
84
159,3
*
124,6
ns
Douai
484
135
139,2
*
143,4
*
155
162
148,7
*
161,9
*
Dunkerque
775
176
137,8
*
118,8
*
220
221
128,9
*
140,3
*
Lille
1 987
582
122,4
*
129,9
*
554
633
116,6
*
138,7
*
Valenciennes
785
205
159,8
*
153,4
*
251
224
170,7
*
158,3
*
Arras
568
155
128,2
*
131,8
*
186
139
137,6
*
110
ns
Béthune
685
154
169,4
*
141,7
*
165
172
134,4
*
146,9
*
Boulogne-sur-Mer
346
68
150,4
*
108,2
ns
108
90
155,3
*
134,5
*
Calais
239
59
147,3
*
132,1
*
76
59
158,8
*
126,5
ns
Lens
826
240
184,2
*
194,9
*
224
175
166,5
*
134,2
*
Montreuil
216
58
150
*
149,3
*
60
50
134,5
*
117,3
ns
Saint-Omer
302
80
135,5
*
138,6
*
69
77
103,9
ns
127,2
*
COMMUNAUTE URBAINE, COMMUNAUTE D'AGGLOMERATION, PAYS
C. U. Arras
151
45
117,2
ns
124,2
ns
50
52
129,4
ns
135,7
*
C. U. Dunkerque
462
98
149,6
*
119,1
ns
135
127
144,3
*
145,9
*
C. U. Lille Métropole
1 851
552
124,7
*
134,1
*
507
587
117,1
*
140,5
*
C. A. Artois
534
121
182,7
*
153,2
*
135
129
153
*
152,3
*
C. A. Boulonnais
273
59
160
*
123,2
ns
87
73
169,3
*
143,4
*
C. A. Calaisis
193
51
144,2
*
136,7
*
64
51
162,2
*
131,1
ns
C. A. Cambrai
120
31
139,7
*
129,4
ns
39
34
149,3
*
131
ns
C. A. Douaisis
315
85
144,9
*
144,3
*
100
101
153,6
*
161
*
C. A. Hénin-Carvin
320
90
182
*
186,7
*
87
66
164,2
*
129,6
*
C. A. Lens-Liévin
617
187
180,5
*
198,9
*
171
125
166,9
*
125,3
*
C. A. Maubeuge-Val de Sambre
225
72
151,9
*
181,7
*
61
52
135,4
*
124
ns
C. A. Porte de Hainaut
336
87
166,4
*
159,5
*
102
99
167
*
169,3
*
C. A. Saint-Omer
145
44
152,2
*
176,4
*
36
36
127,2
ns
137,7
ns
C. A. Valenciennes
429
113
159,2
*
152,7
*
144
118
180,1
*
152,1
*
Artois
192
50
114,4
ns
117,9
ns
69
46
133,8
*
100,9
ns
Boulonnais
73
-
123,3
ns
60,3
ns
21
16
115,9
ns
100,3
ns
Calaisis
109
24
130,1
*
111,9
ns
29
22
116,7
ns
98,9
ns
Cambrésis
222
40
161,1
*
110,9
ns
70
47
164,9
*
119,3
ns
Coeur de Flandre
214
56
126,4
*
125,7
ns
52
62
101,6
ns
130,4
*
Montreuillois
150
40
147,4
*
143,2
*
43
37
137,3
ns
121,2
ns
Moulins de Flandre
102
24
106,9
ns
99,2
ns
33
35
113,4
ns
135,7
ns
Saint-Omer
94
20
129,8
*
106,7
ns
16
28
73,7
ns
140,6
ns
Sambre-Avesnois
252
71
124,4
*
134,9
*
86
85
137,9
*
149,1
*
Sept Vallées
81
20
150,3
*
145,2
ns
20
14
117,5
ns
91,2
ns
Ternois
67
17
125
ns
122,8
ns
24
15
144,2
ns
97,2
ns
Communes hors intercommunalité
518
123
126,4
*
113,1
ns
148
166
118,8
*
142,6
*
BASSIN DE VIE
Artois
2 526
669
157,4
*
154,3
*
714
637
147,3
*
137,5
*
Hainaut
1624
423
150,5
*
146,1
*
515
448
157,4
*
144,7
*
Littoral
1670
391
143,2
*
125,7
*
484
435
137,5
*
131,7
*
Métropole
2 225
646
122,8
*
129,8
*
616
703
115,7
*
138
*
" * " : ICM (Indice Comparatif de Mortalité) significatif (p<0,05) par rapport à la mortalité nationale (France métropolitaine)
" ns " : ICM non significatif
" - " : Donnée non renseignée ou effectif inférieur ou égal à 10
(1) Sida, cancers des VADS (lèvres, cavité buccale, pharynx, larynx, oesophage), cancers de la trachée, des bronches et du poumon, psychose alcoolique et alcoolisme, cirrhose alcoolique ou sans précision du foie, accidents de la circulation, chutes accidentelles, suicides.
(2) Typhoïde, tuberculose, tétanos, cancer de la peau, cancer du sein, cancers de l'utérus, maladie de Hogking, leucémie, cardiopathie rhumastismale, maladies hypertensives, cardiopathies ischémiques, maladies vasculaires cérébrales, ulcères digestifs-appendicites-hernies abdominales, mortalité maternelle.
Source : INSEE Rgp 99, INSERM Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès-CépiDc. Traitement ORS Nord - Pas-de-Calais.

 

    INDICE COMPARATIF DE MORTALITÉ (ICM)
Les phénomènes de mortalité sont fortement variables selon les différents territoires et les populations qui y vivent. Dans les tableaux statistiques, ces inégalités sont présentées au moyen d'Indices Comparatifs de Mortalité (ICM). La fréquence des décès varie selon l'âge. Il convient d'en tenir compte lorsqu'il s'agit de comparer la mortalité de deux populations. C'est pourquoi l'ICM permet de faire abstraction des inégales structures par âge : les différences observées peuvent donc être comparées ; ce qui ne serait pas le cas s'il s'agissait de simples taux bruts de mortalité (nombre de décès / population). Nous utilisons dans les données présentées la méthode de standardisation indirecte. Cette méthode présente l'avantage de quantifier d'une manière plus précise les écarts en termes de mortalité que l'on peut observer entre deux populations. La mortalité, relative à une même cause de décès, d'une population définie par une zone géographique infra-régionale (arrondissement, pays…) est ainsi implicitement comparée à la mortalité de la population française métropolitaine en éliminant l'effet de la structure par âge.
Concrètement, un ICM de valeur 130 décrit une mortalité supérieure de 30 % à celle de la France tandis qu'un ICM de valeur 80 indique une mortalité inférieure de 20 % à celle de la France. Dans les tableaux, les ICM sont signalés par une astérisque lorsqu'ils sont statistiquement significatifs et par le symbole " ns " pour non significatif lorsqu'ils ne le sont pas.

    INTERVALLES DE CONFIANCE DES ICM
L'intervalle de confiance représente les "bornes" à l'intérieur desquelles la valeur de l'ICM peut varier si l'on répétait sa mesure dans les mêmes conditions de mortalité 95 fois sur 100. Les intervalles de confiance ont été utilisés pour comparer l'intensité de la mortalité entre les territoires.

 

Au sein de la mortalité prématurée, certains décès pourraient être évités. Pour cela deux types d'actions peuvent être développés ; celui regroupant les actions orientées vers les facteurs de risques individuels et celui regroupant les actions contribuant à une meilleure prise en charge par le système de soins (y compris les actions de dépistage).
La liste des causes de décès pouvant être évités a été établie par la FNORS (Fédération Nationale des ORS) qui s'est inspirée à la fois des travaux européens menés sous l'égide du Comité d'actions concertées "Health Services Research" et des travaux menés au sein du Service d'information sur les causes médicales de décès de l'INSERM.

Situation régionale et analyse par DEPARTEMENT
Entre 1999 et 2001, 8 045 hommes et 2 129 femmes résidant dans la région Nord - Pas-de-calais sont décédés prématurément. Ils ont été victimes de décès pouvant être imputés à leur mode de vie (risques individuels). Cette mortalité évitable représente en moyenne 41,6 % de la mortalité prématurée masculine et un peu plus d'un quart de la mortalité prématurée féminine. Par rapport à la France, ces décès régionaux se traduisent par une surmortalité masculine de 42 % et une surmortalité féminine de 39 %. Chez les hommes du Pas-de-Calais cette surmortalité dépasse significativement celle de la région a contrario du Nord (respectivement +54,8 et +34,8 %).
La mortalité prématurée évitable grâce à des actions sur le système de soins a touché dans la région 2 329 hommes (12 % des décès prématurés masculins) et 2 223 femmes (26,6 % des décès prématurés féminins). Chez les hommes comme chez les femmes, il existe par rapport à la France métropolitaine une surmortalité régionale située autour de 37 %.


Analyse par ARRONDISSEMENT
    Hommes
La totalité des arrondissements du Nord - Pas-de-Calais accuse une surmortalité prématurée liée aux risques individuels significativement supérieure au niveau national. Elle est particulièrement marquée dans les arrondissements de Valenciennes (+59,8 %), Béthune (+69,4 %) et Lens (+84,2 %) où elle dépasse significativement le niveau de surmortalité régional. Les arrondissements de Lille et d'Arras affichent au contraire les niveaux de surmortalité les plus bas du Nord - Pas-de-Calais et sont significativement inférieurs à la moyenne régionale (+22,4 %, +28,2 %).
En ce qui concerne la mortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins, exception faite de l'arrondissement de Saint-Omer où l'ICM semble indiquer une mortalité proche du niveau national, les autres arrondissements connaissent une surmortalité significative par rapport à la France. Les arrondissements de Lens et Valenciennes obtiennent à nouveau la surmortalité prématurée évitable la plus élevée de la région (+66,5 et +70,7 respectivement) ; surmortalité significative de surcroît. Les arrondissements de Saint-Omer et de Lille affichent au contraire la surmortalité la plus basse. Elle est significativement inférieure au niveau régional.
    Femmes
Par rapport à la France, la surmortalité prématurée évitable liée aux risques individuels semble plus importante dans les arrondissements de Valenciennes, Avesnes-sur-Helpe et surtout Lens où cette surmortalité qui atteint +95 % est significativement plus élevée qu'en moyenne dans la région. A l'opposé, cette surmortalité semble moins élevée dans les arrondissements de Boulogne-sur-Mer, Cambrai et Dunkerque. Toutefois, les résultats ne sont pas significatifs dans les arrondissements de Boulogne-sur-Mer et Cambrai.
L'ensemble des arrondissements connaît une mortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins significativement supérieure à la moyenne nationale. Toutefois les résultats ne sont significatifs que dans 9 arrondissements sur 13 dont Béthune, Valenciennes et Douai. Mais l'intervalle de confiance des ICM de ces arrondissements ne permet pas d'affirmer que cette surmortalité dépasse significativement le niveau régional.


Analyse par INTERCOMMUNALITE
    Hommes
Dans la majorité des arrondissements, les facteurs de risques individuels semblent responsables d'une surmortalité prématurée par rapport à la France métropolitaine. Cette surmortalité dépasse de façon significative la surmortalité régionale dans les C. A. de la Porte du Hainaut, de Lens-Liévin, d'Hénin-Carvin et de l'Artois (elle se situe autour de +81 % dans ces trois derniers territoires). La C. U. de Lille Métropole affiche une surmortalité significativement inférieure à la moyenne régionale. Les ICM les moins élevés concernent notamment les Pays des Moulins de Flandre, de l'Artois, du Boulonnais, du Sambre-Avesnois ainsi que la C. U. d'Arras. Mais, les résultats ne sont significatifs que dans ce dernier territoire.
La mortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins fait apparaître un groupe de territoires dont les ICM situés entre 162 et 180 correspondent aux surmortalités par rapport à la France les plus élevées de la région. Il s'agit des C. A. du Calaisis, d'Hénin-Carvin, de Lens-Liévin, de la Porte du Hainaut, du Boulonnais, de Valenciennes ainsi que du Pays du Cambrésis. Dans ce groupe, la C. A. de Valenciennes se démarque par une surmortalité (+80 %) significativement supérieure à celle de la région. La C. U. de Lille Métropole au contraire accuse une surmortalité significativement inférieure à la moyenne du Nord - Pas-de-Calais.
    Femmes
Les C. A. de Saint-Omer, de Maubeuge-Val de Sambre, d'Hénin-Carvin et de Lens-Liévin accusent les surmortalités par rapport à la France métropolitaine les plus élevées de la région. Elles sont par ailleurs significativement supérieures à la surmortalité régionale dans les C. A. d'Hénin-Carvin (+86,7 %) et de Lens-Liévin (+99 %). Toutefois, près de la moitié des territoires obtiennent des ICM non significatifs ; ce qui limite la portée des résultats.
Par rapport à la France, la surmortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins semble particulièrement élevée dans les C. A. de l'Artois, du Douaisis, et de la Porte du Hainaut. Toutefois, aucun territoire ne présente de surmortalité significativement supérieure à celle observée au niveau régional. Plusieurs Pays (Sept-vallées, Ternois, Calaisis, Boulonnais, Artois) semblent accuser des niveaux de mortalité équivalent au niveau national mais la non significativité des résultats ne permet pas de le confirmer d'un point de vue statistique.

Analyse par BASSIN DE VIE
Quels que soient le sexe et le type de mortalité prématurée évitable, chaque bassin de vie présente une surmortalité significative par rapport à la France métropolitaine.
Chez les hommes, la surmortalité prématurée évitable par des actions sur les risques individuels est significativement supérieure à la moyenne régionale dans le Bassin de vie de l'Artois et significativement inférieure dans le Bassin de vie de la Métropole. En ce qui concerne la surmortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins, le Bassin de vie du Hainaut obtient l'ICM le plus élevé, dépassant de manière significative le niveau régional. Le Bassin de vie de la Métropole affiche à nouveau la surmortalité la moins élevée qui par ailleurs est significativement inférieure à celle de la région.
Chez les femmes, quelle que soit la mortalité évitable, aucun bassin de vie ne montre de différence de surmortalité significative par rapport à la région.
Par rapport à la France, le Bassin de vie de l'Artois semble se caractériser par la surmortalité évitable liée aux risques individuels la plus élevée du Nord - Pas-de-Calais. Le Littoral obtient au contraire l'ICM le moins élevé. Concernant la mortalité prématurée évitable par des actions sur le système de soins, la surmortalité la plus élevée se trouve dans le Bassin de vie du Hainaut et la moins élevée dans celui du Littoral.